Écouter la route

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J’avais écrit un article avec des conseils sur les différentes façons d’écouter de la musique à vélo de la façon la plus sécurisée qu’il soit (car oui, c’est possible), mais devant les annonces de loi récentes, j’ai dû annuler cette publication.

En effet, le gouvernement a décidé que seraient interdites les oreillettes dits « kits mains libre » dans les voitures et à vélo, mais également les casques (de musique) à vélo à partir du 1er juillet 2015.

L’idée n’est pas forcément dénuée de sens en ce qui concerne les oreillettes, que ce soit en voiture ou à vélo, car la concentration demandée pour se concentrer sur ce qu’on entend dans l’oreille et ainsi pouvoir tenir sa conversation est supérieure à celle dont on a besoin pour écouter une personne physiquement présente.

Or cette concentration détournée peut faire défaut lors d’une situation dangereuse où elle aurait dû être portée sur la circulation.

Pour la musique, l’écoute à bas volume permet d’avoir une ambiance sans demander de concentration et revient à l’écoute de l’autoradio dans une voiture.

Le problème n’est pas en soi de ne plus pouvoir écouter de musique à vélo, les gens le feront quand même, ils partageront simplement la musique avec tous les piétons présents (merci pour eux), et le besoin est loin d’être vital. Le problème est surtout dans le principe de décision de cette loi.

Pourquoi est-ce que l’on souhaite interdire les écouteurs à vélo ? Parce qu’ils empêchent d’entendre les bruits de la circulation.

Outre le fait que le seul danger réellement mortel que l’on peut entendre dans la circulation est encore et toujours l’automobile et que les autres usagers en pâtissent encore sans avoir rien demandé (voir article précédent), on part donc du principe qu’il est normal que des éléments de la circulation soient bruyants et que c’est même grâce à ça qu’on peut être en sécurité.

Donc non seulement on approuve les bruits gênants de la circulation, mais on nous force en plus à les écouter.

Le problème ne s’arrête pas là : comment sont donc pris en compte les éléments non bruyants de la circulation ? Si on suit cette logique, ils ne devraient plus avoir le droit de circuler car on vient de montrer avec cette loi que le son était primordial dans la sécurité routière.

Un vélo ne fait pratiquement aucun bruit, un piéton encore moins, la plupart des rollers non plus. Ceci pose déjà un réel problème dans le sens où les gens ne se fient justement qu’à leur ouïe pour vérifier la circulation et ne regarde pratiquement jamais la route.

Combien de cyclistes ont vécu cette situation lors d’un croisement de passage piéton, un piéton traversant et n’entendant pas de bruit de moteur, allant bon train vers l’autre côté et manquant de provoquer un accident. « On ne vous entend pas arriver ! » Bah non, en effet, certains usagers de la voie publique sont plus discrets que d’autres.

Pourtant, ça semble en gêner certains. Je me souviens d’un jour où je quittais mon domicile à vélo par une toute petite rue dans laquelle les piétons ont l’habitude de marcher sans aller particulièrement sur les trottoirs (et je les soutiens sur ce niveau, l’espace publique étant à tout le monde) : j’ai doublé un piéton qui s’est mis à tourner au même moment pour grimper sur le trottoir en évitant l’accident de justesse. Le piéton m’a alors rétorqué : « il faut rajouter un moteur (thermique, qui fait du bruit, n.d.a.) sur votre vélo, on ne vous entend pas arriver ! ».

Ajouter un moteur bruyant à mon vélo qui enlèverait tout ce qui fait l’intérêt d’un vélo pour qu’on puisse m’entendre arriver, j’avoue ne pas y avoir pensé !

A tout cela s’ajoute la question des rollers : assimilés aux piétons dans le code de la route, ils auront théoriquement le droit de porter des écouteurs. Pourtant, ils peuvent aller à la vitesse de circulation d’un vélo en pleine ville et présentent plus de risques (freinage moins précis, équilibre précaire), la situation est donc totalement absurde.

Encore une fois, la voiture décide pour tous de ce qui est bon pour notre sécurité lorsqu’elle est seule à représenter un réel danger, bienvenue dans le monde de l’automobile.

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La loi du plus fort

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Devant un triste constat (1 enfant tué par mois à vélo), une opération menée par une assurance a été reconduite devant la demande de l’éducation nationale et de la direction à la sécurité et à la circulation routières : il s’agit d’une sorte de « permis vélo » (sans validité légale, ce n’est que de la prévention) durant laquelle on apprend à nos enfants à maîtriser leur sécurité sur la route.

La plupart des automobilistes et/ou parents voient très certainement ce genre de projets d’un très bon œil : apprendre à nos enfants à faire face aux dangers de la route, c’est s’occuper de leur sécurité et donc les protéger.

Ceci ne me paraît pourtant pas être dans la bonne logique des choses. Doit-on l’apprendre également aux chats, aux hérissons, et aux divers animaux écrasés sur le bord des routes régulièrement ? Les enfants vont-ils devoir également passer un permis piéton, puisqu’il est fréquent qu’en jouant sur le trottoir, l’un d’eux finisse sur la route ?

Il convient bien évidemment aux parents et à l’éducation nationale d’éduquer les enfants sur les dangers qu’ils encourent dans le monde extérieur (ainsi qu’à leur domicile) mais axer une campagne sur la prévention des enfants me semble viser la mauvaise cible.

Ceux qu’il faut éduquer, ce sont ceux qui sont dangereux, ce n’est pas aux enfants d’apprendre à faire particulièrement attention aux voitures mais aux automobilistes d’apprendre à faire particulièrement attention aux enfants, aux piétons de façon générale, aux animaux et à tout être évoluant dans l’espace public.

La réponse des automobilistes est souvent la même : « il faut bien qu’on ». Ainsi, il faut bien qu’on puisse rouler sans faire attention à tout, il faut bien qu’on puisse se garer quelque part (excuse majoritaire donnée lors d’un reproche sur un stationnement ou un arrêt sur trottoir ou sur piste cyclable), en bref, il faut bien qu’on puisse vivre avec notre automobile et il faut bien qu’on puisse tout faire avec notre automobile, quitte à nuire au reste de la population : ils n’auront qu’à s’adapter.

On en vient donc à expliquer aux parents avec des poussettes qu’ils peuvent parfaitement changer de trottoir s’ils sont gênés par un mauvais stationnement, à expliquer aux enfants que leur lieu de vie quotidienne est très dangereux et qu’ils doivent être armés jusqu’aux dents en matière de prévention avant d’oser faire un pas dehors, pendant qu’on explique aux automobilistes qu’on a prévenu les autres et qu’ils peuvent rouler et se garer tranquillement afin de profiter au maximum de leur outil de déplacement indispensable.

Pendant ce temps, on applique des lois pour faire bonne mesure interdisant les stationnements ou arrêts sur les trottoirs ou les pistes cyclables ou réduisant la vitesse des automobiles à  30 km/h dans la plupart des quartiers très fréquentés ou sur les routes à caractère dangereux, et on ne les applique jamais ou qu’à titre très exceptionnel.

Ceci suffit pourtant à faire crier au scandale le corps automobiliste sur le fait qu’ils sont pris pour des « vaches à lait », qu’on en veut à leur argent et que ces lois ne sont absolument pas justifiées puisque leur automobile n’est absolument pas dangereuse : la preuve, on apprend aux enfants à passer le permis vélo pour que les voitures soient moins dangereuses.

Le dernier arrivé dans l’espace commun et le plus dangereux a donc eu gain de cause et les autres n’auront qu’à lui laisser la place.

Lafontaine le disait : la loi du plus fort est toujours la meilleure.

Meurtriers et suicidaires

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Que ce soit dans les commentaires de certains blogs, sur des forums de discussion ou simplement en écoutant les gens parler, j’ai rencontré plusieurs fois la notion de « cycliste suicidaire ».

Les cyclistes, d’après ces échanges, seraient des personnes suicidaires car ne se préoccupant absolument pas de la circulation et se mettant en danger consciemment via les entorses au code qui leurs sont généralement reprochées comme les feux grillés ou les mauvais placements sur la voie.

J’ai plusieurs fois indiqué ma vision des choses sur ces points et je résumerai simplement cette introduction en invitant les cyclistes à la plus grande prudence : restez sur vos deux roues.

Mais si les cyclistes sont suicidaires, peut-on dire que les automobilistes sont des meurtriers ?

La très grande majorité des automobilistes ne cherche bien évidemment pas à tuer les autres usagers, tout comme la plupart des cyclistes ne cherche pas à mourir sous les roues d’une auto.

Ce qui amène ce genre de réflexion est l’exaspération devant certaines situations répétées maintes et maintes fois mettant en danger les usagers vulnérables, de l’un ou de l’autre côté des usagers.

Après avoir traité plusieurs fois ce qui était reproché aux cyclistes, voici en rappel la liste des infractions les plus fréquemment commises par les automobilistes que j’ai pu observées, mettant en danger de mort les cyclistes et pouvant transformer un automobiliste … en meurtrier :

  • Doubler en frôlant à moins d’1m. Pour rappel, l’écart minimum est d’1m en ville, on ne demande à personne de mesurer, mais frôler les cyclistes en les dépassant est non seulement très désagréable pour ces derniers, mais également très dangereux : il suffit d’un écart bref du cycliste sur sa gauche pour éviter un obstacle pour être fauché et finir par terre.
  • Faire une queue de poisson en se rabattant. L’action classique de l’automobiliste qui double le cycliste sans prêter attention à ce qu’il y a devant et qui se rend compte qu’il va devoir freiner rapidement, en se rabattant d’un coup. C’est bien d’avoir une extrême confiance sur les freins des vélos, mais on avouera facilement que cette action peut amener un drame rapidement.
  • Croiser un cycliste lorsqu’il n’y a pas la place de le faire. Ceci revient à le frôler, et c’est dangereux dans les deux sens. C’est vrai, le faible encombrement des vélos amène à penser qu’il est toujours possible de les croiser, or si techniquement c’est souvent possible, cela se fait souvent au détriment de la sécurité du cycliste, notamment lors des dépassements qui amènent à croiser un cycliste sur sa voie. Je me suis déjà vu monter sur le trottoir en urgence pour éviter des rétro …
  • Tourner à droite ou à gauche sans vérifier ce qui vient derrière. Rappel du code de la route : un usager est TOUJOURS prioritaire sur sa propre voie tant qu’aucun signal ne lui indique le contraire. Un cycliste dans sa voie sur la piste cyclable est donc TOUJOURS prioritaire s’il ne rencontre pas de cédez-le-passage ou de stop, tourner avant lui, c’est lui couper la route, et c’est un cas très fréquent d’accidents graves (refus de priorité = risque de collision). Ceci est donc valable pour tourner à droite, mais également pour tourner à gauche, certaines pistes cyclables étant placées au centre de la chaussée.
  • Variante de la piste cyclable coupée : le changement de file inopiné sans vérifier ce qui vient derrière.
  • Griller un feu. C’est ce que reprochent le plus souvent les automobilistes à la grande majorité des cyclistes. Je respecte les feux tricolores pour ma part (choix personnel), et je suis souvent presque « amusé » de voir le nombre d’automobilistes qui ne les respectent pas… les cas les plus fréquents étant lorsque la file qui va tout droit ou qui tourne a le droit d’avancer, ou lorsque le feu vient de passer au rouge.
  • Les priorité non respectées. Pour rappel, les vélos sont soumis au même régime de priorité que les autres usagers de la route, sauf indication contraire. Le cas le plus fréquent est l’automobiliste persuadé d’avoir le temps car estimant qu’un vélo est un véhicule lent. En ville, un vélo peut aller aussi vite qu’une voiture, on n’est pas systématiquement obligé de le laisser passer si sa vitesse est réellement lente, mais il est bon de s’en assurer avant de passer… L’autre cas est le fameux « désolé, je ne vous avais pas vu ». Pour rappel, l’attention portée à la route est primordiale et vitale, quand on ne voit pas sur la route, c’est soit qu’on a mal regardé, soit qu’on a anticipé sa manoeuvre avant même de regarder. Ne pas voir est un tort, pas une excuse. Lorsqu’on conduit un engin aussi dangereux qu’une auto, on DOIT voir, c’est un impératif.
  • Le stationnement sur les pistes cyclables. Le fameux « j’en ai que pour 5 min » ne diminue en aucun cas le danger : il ne s’agit pas que de confort mais de réelle mise en danger. En obligeant le cycliste à faire un écart sur la voie ou circulent les voitures, on crée une situation de danger potentiel. Je me demande comment réagiraient les automobilistes si un cycliste se plaçait en plein milieu de la route pour décharger son porte-bagages.

Après avoir invité les cyclistes à la prudence, j’invite donc les automobilistes à bien respecter les règles élémentaires de la sécurité au volant de leur machine qui reste un élément dangereux dans le paysage urbain de par ses capacités d’accélération et sa masse et à toujours vérifier que leur action ne met pas en danger un usager plus vulnérable qu’eux.

Préjugés et autres considérations sur les cyclistes

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Les cyclistes font n’importe quoi sur la route et sont dangereux.

Mes diverses discussions avec des non-cyclistes (et non nécessairement des automobilistes) dans différents milieux, qu’elles soient virtuelles ou réelles ont toujours amené le fait que les cyclistes étaient imprudents et dangereux, ce sentiment semblant se généraliser.

S’il est vrai qu’un certain nombre de cyclistes ne respecte en effet pas le code de la route (à tort ou à raison ?) et s’il est bon de rappeler qu’un certain nombre d’automobilistes ne le respecte pas beaucoup plus, il est également important de se pencher sur les préjugés,sur les croyances et sur les considérations générales qu’ont les conducteurs motorisés à l’égard des cyclistes.

– Les cyclistes sont lents

Les cyclistes ne peuvent pas monter à 130 sur l’autoroute et ne peuvent pas accélérer à 90 km/h sur du plat pour dépasser, c’est vrai. Mais certains cyclistes ayant une bonne condition physique et ayant l’habitude de se déplacer à vélo atteignent des vitesses de pointe confortables qui peuvent surprendre certains automobilistes.

Or il n’est pas rare de voir l’automobiliste ou le piéton surpris par la vitesse d’un cycliste lui reprocher d’aller trop vite.

Pour rappel : la limite de vitesse sur la chaussée est la même pour tout le monde. Une limite de vitesse à 50 km/h permet parfaitement au cycliste de pointer à 45 km/h s’il maîtrise son véhicule et si cette vitesse est globalement adaptée aux conditions de circulation, que ce soit pour les automobilistes OU les cyclistes, cette vitesse n’étant pas réservée aux motorisés.

Les vélos ont le droit à la même vitesse que les automobiles, c’est simplement plus difficile à atteindre et à tenir physiquement qu’avec un moteur, ce qui ne regarde que le cycliste.

Cette vitesse doit bien évidement toujours être adaptée aux conditions de circulation, quel que soit son véhicule.

– Les cyclistes doivent prendre toutes les pistes cyclables et n’ont rien à faire sur la route

Les cyclistes ne sont tenus de prendre QUE les pistes cyclables indiquées par un panneau rond à fond bleu sur le lequel figure un vélo blanc, le rond indiquant une obligation.

Toutes les autres pistes sont à sa libre appréciation et il n’est absolument pas obligé de les prendre. Pour rappel, le panneau carré à fond bleu sur lequel figure un vélo blanc indique une piste cyclable conseillée.

Ceci étant posé, la plupart des automobilistes ne comprennent pas pourquoi les cyclistes n’utilisent pas toujours une piste cyclable non-obligatoire alors qu’elle existe et qu’elle permettrait aux automobiles de rouler tranquillement sans se soucier des vélos.

Plusieurs raisons peuvent pourtant l’expliquer : un mauvais état de la piste cyclable par rapport à un bon état de la route, une volonté de tourner à gauche et donc un placement sur la voie la plus à gauche qui n’est bien souvent pas une piste cyclable, une piste alambiquée rendant la circulation compliquée et difficile (nombreux stop aux intersections sur une piste longeant une route prioritaire sans aucun stop, piste qui s’écarte de la route en allongeant le trajet et en impliquant de nombreux virages là où la route file tout droit, piste verglacée ou jonchée de bris de verres, présence de piétons sur la piste, présence d’automobiles stationnées sur la piste cyclable, piste obligeant à de nombreux sauts de trottoir, etc.)

– Les cyclistes doivent rouler collés au trottoir pour permettre aux véhicules motorisés de les doubler

Pour rappel, tout dépassement d’un cycle doit se faire à 1m minimum en agglomération et à 1m50 minimum hors agglomération.

Lors de conditions classiques de circulation permettant un dépassement par la gauche sans véhicule arrivant en face, le cycliste doit effectivement tenir sa droite pour faciliter le dépassement respectant la distance légale des motorisés allant plus vite.

Il faut cependant prendre en compte que cette distance légale n’est pas toujours possible. Lorsqu’un véhicule arrive en face, lorsque le mobilier urbain est trop proche à gauche ou lorsqu’une voie à sens unique est trop étroite, il est bien souvent impossible de dépasser le cycliste en respectant la distance légale, ce qui peut le mettre en danger (il suffit d’un écart de dernière minute pour provoquer un drame).

L’automobiliste est donc tenu de rester derrière le cycliste, de prendre son mal en patience et d’attendre un moment plus favorable pour doubler.

Mais ce qui est vrai dans la théorie est rarement appliqué sur la route, et bien souvent, l’automobiliste profite de la moindre brèche laissée sur la gauche du cycliste pour dépasser, quitte à raser ce dernier sans se poser de question.

Il ne s’agit pas là d’un reproche adressé aux automobilistes : j’ai vu fréquemment des voitures patienter derrière moi le temps que la route s’élargisse alors qu’elles auraient pu tenter un dépassement dangereux et chaque usager de la route connaît son moment de non-respect des règles de sécurité.

Cependant, ceci explique un comportement cycliste : lorsque le dépassement est dangereux en ne permettant pas de respecter la distance légale, le cycliste a tout intérêt à se placer en plein milieu de la chaussée pour éviter tout dépassement le temps que la voie s’élargisse.

Et tant pis pour les impatients qui font hurler leur klaxon dans ces situations. 5 minutes de retard ne valent pas une vie.

Ajoutons à cela le fait que rouler collé au trottoir ou aux voitures stationnées est dangereux (pédale pouvant heurter le bas-côté, risque d’ouverture de portière intempestive, etc.).

– Les cyclistes ont systématiquement un comportement dangereux

Les cyclistes ont avant tout un comportement permettant de se protéger. Étant les usagers les plus vulnérables de la chaussée, la plupart des cyclistes cherchent à se mettre en sécurité par tous les moyens, parfois sans se rendre compte que leur comportement peut les mettre finalement plus en danger ou qu’ils peuvent créer une gêne pour les autres usagers.

Ce comportement est à prendre en compte par tous :

– les cyclistes doivent redoubler de vigilance et apprendre ou prendre conscience du bon placement sur la chaussée, donc celui qui les mettra à la fois à l’aise et qui représentera le moins de danger possible.

Attention, ce n’est pas forcément celui qui semblerait idéal pour l’automobiliste qui n’a pas conscience de tous les dangers potentiels que risque le cycliste.

– les automobilistes doivent prendre conscience qu’en procurant un sentiment de danger au cycliste, il augmentera le risque de provoquer un comportement gênant du cycliste.

Coller un cycliste de près parce qu’on ne parvient pas à le dépasser est une mauvaise et dangereuse idée : cela augmente le risque de déviation de trajectoire due au sentiment de danger et cela risque d’amener un danger du fait des distances trop rapprochées diminuant fortement le temps de réaction.

Ces préjugés et ces considérations sont bien souvent dus au fait que l’on ne se rend pas compte de la réalité de la circulation à vélo lorsque l’on n’est pas habitué à utiliser ce moyen de transport.

Faut-il respecter le code de la route ?

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Avant toute considération et toute analyse de la question, la réponse est oui : la loi indique que le respect du code de la route est obligatoire pour toute personne empruntant la voie publique, sans distinction.

Cela étant dit, il n’est pas interdit d’y réfléchir.

Beaucoup font la distinction entre motorisés et non-motorisés en partant du principe que le non respect par les non-motorisés est moins grave que par les motorisés, même si ces derniers sont les premiers à pointer du doigt celui des non-motorisés (vélos, piétons, rollers, etc)

Cela dépend pourtant toujours d’un paramètre : est-ce que la vie d’autrui et/ou la sienne est mise en danger, ou non.

Si une personne est en voiture, et que par un moyen quelconque, elle est assurée que personne ne croisera sa route, peu importe qu’elle grille un feu ou pas, il n’y aura aucune conséquence.

Le problème est qu’il est très compliqué d’avoir cette certitude quand on est enfermé dans un habitacle avec le bruit du moteur, le non respect du code en voiture semble donc être très hasardeux.

Maintenant à vélo, tant qu’on est assuré que personne ne croisera sa route, peu importe également, mais le problème est que l’on croit parfois que personne ne croisera sa route jusqu’au jour où un vélo ou un piéton que l’on n’avait pas vu, voire qu’une voiture particulièrement silencieuse dans un moment d’inattention croise la route à ce moment.

Il est une certitude : l’accident provoqué par un motorisé sera pratiquement toujours plus dangereux que par un non motorisé, les vitesses et les masses mises en causes n’étant pas les mêmes, mais faut-il laisser de côté tous les autres risques ?

En ce qui me concerne, je respecte la signalisation routière par choix personnel. Il m’arrive parfois de manquer de me faire renverser par un autre deux roues non motorisé ou de manquer de faucher un piéton et de chuter car ces derniers n’ont pas respecté la signalisation. Quelle sera l’attitude à adopter le jour où l’accident, même bénin, aura lieu ?

Une connaissance s’est retrouvée dans ce cas : alors qu’elle empruntait une piste cyclable séparée de la voie pour motorisés par un terre-plein, un cycliste est arrivé à contresens et l’a fauchée. Elle s’est alors retrouvée avec un bras dans le plâtre.

Elle est allée au commissariat pour expliquer l’incident mais personne n’a souhaité prendre acte de sa déclaration : à vélo, on assume.

Entre autre exemple de discussion avec les pouvoirs compétents, l’épreuve consistant à faire remarquer les trottoirs régulièrement assaillis par les stationnement gênants est également éloquente.

La loi semble donc obliger les non-motorisés à respecter le code de la route mais ne semble pas les protéger.

Prenons a présent en considération le fait que le code de la route ayant été d’abord prévu pour les automobiles, puis ajusté pour les non-motorisés par des automobilistes ayant rarement une conscience réelle des dangers vécus par les non-motorisés, n’est pas toujours adapté à la circulation de certaines catégories d’usagers de la voie publique (vélos, rollers).

Ainsi, les rollers étant considérés par le code comme des piétons, ils ont l’obligation de circuler sur les trottoirs au milieu des vrais piétons, et ce, quelle que soit leur vitesse : cela rend les patins totalement inutiles en tant que moyen de transport et met autant en danger les piétons que la personne à rollers.

On en vient ainsi à ne pas respecter la loi et à emprunter les pistes cyclables réservées aux cycles pour la sécurité et le confort de tous.

Il en va de même pour certaines pistes cyclables obligatoires (toutes ne le sont pas) particulièrement mal réfléchies et pouvant mettre en danger les cyclistes. Il convient dans certains cas d’emprunter la voie pour motorisés afin d’assurer sa sécurité, tout en bafouant les lois.

Alors respect ou non, deux choses doivent venir systématiquement à l’esprit : le non respect m’apporte-t-il réellement quelque chose (gagner 5 mn ne vous sauvera pas la vie) et suis-je CERTAIN que je ne gênerai PERSONNE ?

A partir du moment où l’on a un doute sur l’une de ces deux conditions, j’invite, pour ma part, les différentes personnes à respecter le code de la route afin que tout se passe pour le mieux.

5 minutes ne vous sauveront pas la vie

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Ceci est un message adressé à tous les automobilistes urbains qui veulent à tout prix gagner leurs précieuses cinq minutes chaque matin.

En ville, la grande majorité des usagers de la route, même si inattentifs, restent courtois hors heures de pointe. Il y a bien sûr des exceptions dans les centre-villes très denses ou à Paris, mais globalement, il est possible de circuler sans trop de danger en milieu de journée.

Trois exceptions notables cependant : le matin entre 7h et 10h, le soir entre 17h et 20h et la nuit entre 21h et 6h (ce dernier cas étant particulier et étant du a l’absence de danger ressenti par les usagers pensant être seuls sur la route à ce moment,  à l’alcool ou autres substances, et à l’euphorie de la vie nocturne).

La circulation est donc relativement tranquille entre 6h et 7h du matin, entre 10h et 17h en journée, et le soir entre 20h et 21h (constat personnel après 10 ans de circulation dans différentes agglomérations en centre et en couronne).

Le pire est situé le matin aux heures de pointe des pendulaires. Tout est bon pour gagner ses précieuses cinq minutes : griller les priorités, passer en force, dépasser dans des rues étroites quitte à monter sur le trottoir si ça ne passe pas, et quand vraiment on est bloqué, on klaxonne ou on hurle, en pensant peut-être que la personne bloquant le passage le fait exprès dans un moment égaré de méchanceté gratuite.

Le problème est que ces actions mettent en danger toutes les personnes impliquées dans ces situations en augmentant considérablement le risque de collision. Encore le matin de la rédaction de cet article, un automobiliste a tenté de me dépasser dans une rue très étroite dans laquelle je roulais pourtant à une trentaine de kilomètres à l’heure, manquant de m’éjecter sur le bas-côté de la route et m’obligeant à freiner en urgence et à m’arrêter sur le trottoir pour me mettre en sécurité …

Entre 10h et 17h, toutes les voitures que je suis ne dépassent pourtant jamais les 30 km/h, vitesse qu’on adapte de façon relativement naturelle dans ce genre de rue étroite bordée de pavillons desquels peuvent surgir des enfants à chaque instant.

Cette personne a tourné au même endroit que moi, et bien qu’étant obligé de reprendre mes esprits et de retourner sur la route pour reprendre mon chemin, je suis arrivé juste derrière lui au STOP qui suivait : le temps gagné a donc été nul, la mise en danger a été totalement inutile.

Quel est donc l’intérêt de ces mises en danger gratuites ? Les personnes au volant dans ces cas là sont absolument persuadées qu’il vaut mieux tenter quelque chose plutôt que de perdre du temps, car elles en sont certaines : si elles s’arrêtent au STOP ou au rond point le temps d’attendre que les autres usagers passent, ou si elles restent derrière un vélo (peu importe sa vitesse, être derrière un vélo fait perdre du temps, c’est mathématique), elles vont mettre plus de temps sur leur trajet et elles risquent d’arriver en retard.

En réalité, le temps gagné est bien souvent totalement nul puisque la circulation ramène bien souvent la réalité de la vitesse effective de l’automobile à sa juste valeur aux heures de pointes : un des véhicules les plus lents.

Quand bien même la manœuvre dangereuse aura-t-elle fait gagner les précieuses cinq minutes (ce qui est loin d’être systématiquement vérifiable), elle aura permis d’arriver … cinq minutes plus tôt dans les embouteillages suivant. Le temps gagné sur le trajet total reste nul.

Maintenant, imaginons qu’à force de manœuvres toutes plus périlleuses les unes que les autres, les cinq minutes aient réellement été gagnées : est-on réellement à cinq minutes lorsqu’on arrive sur son lieu de travail ? Si le retard est exceptionnel, nous en tiendra-t-on vraiment rigueur ? Si le retard est systématique, n’y a-t-il pas quelque chose à modifier au moment de partir plutôt que de mettre la vie de tous en danger à chaque trajet pendulaire ?

Sur le trajet qui mène à la crèche de mon fils, je rencontre un passage à niveau dont les barrières sont soit abaissées, soit relevées. Quand elles sont relevées, je gagne probablement cinq minutes puisque je n’ai pas à m’arrêter et que je peux passer normalement. Quand elles sont abaissées, je me retrouve à m’arrêter, puis à attendre que le train passe, puis à repartir. Pourtant, chaque jour, j’arrive à peu près à la même heure sur mon lieu de travail : ces quelques minutes « perdues » n’ont donc rien changé à mon temps total de trajet. Finalement, c’est comme attendre à un feu rouge, peu importe le nombre de feux rouges rencontrés sur un trajet, globalement, à condition de circulation égale, ce facteur n’intervient pas dans le temps total de trajet.

Parfois, il arrive que certains automobilistes entreprennent des manœuvres compliquées pour sortir de chez eux et semblent me regarder un peu gênés me voyant attendre que la manœuvre soit finie : qu’ils soient rassurés, j’arriverai à la même heure que d’habitude, il ne sert à rien de risquer l’accident en me faufilant au dernier moment pour passer coûte que coûte.

Le problème est que dans la bulle que représente l’habitacle automobile, on ne se rend pas compte du danger que l’on crée lorsqu’on cherche à gagner ces précieuses minutes. L’automobiliste qui m’a dépassé en m’éjectant pratiquement sur le trottoir devait être persuadé qu’il passerait sans encombre et n’a même pas du remarquer que j’ai été obligé de me mettre à l’abri pour éviter tout risque.

Le sentiment de sécurité que procure le confort de l’habitacle automobile est un réel problème dans ce genre de cas, et peu d’automobilistes n’ayant jamais pratiqué régulièrement le vélo urbain se rendent compte du sentiment de danger éprouvé lorsqu’on est frôlé par une voiture.

D’autant plus qu’outre l’habitacle protecteur, la distance séparant le conducteur du cycliste (levier de vitesse + siège passager + carrosserie) augmente le sentiment de passer « large », là où le cycliste sent la carrosserie passer proche de son corps directement.

On ne parle ici que de ressenti, mais le danger est bien réel : entre deux voitures, le sentiment de sécurité sera partagé, mais l’accident aura autant de chance d’avoir lieu malgré tout ; les carrosseries ne ressentent rien, mais si elles se frôlent de trop près, elles tapent.

Alors, pensez-y, acceptez de perdre ponctuellement quelques minutes, l’impact final sera souvent minime par rapport au risque encouru, et on n’est jamais totalement maître de son véhicule lorsqu’on est stressé par le temps.

En quoi favoriser la société de l’automobile handicape une partie de la population

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Contrairement à ce qu’avancent beaucoup d’automobilistes, la voiture est un luxe et tout le monde n’y a pas accès.

Plusieurs commentaires sur les précédents articles de ce blog l’ont montré : beaucoup pensent que se passer de voiture est une chance que tout le monde n’a pas et que, la situation de beaucoup obligeant à prendre la voiture même contre son gré, et la plupart des personnes prenant conscience des problèmes liés à la sur-présence de l’automobile, il est préférable d’encourager les solutions alternatives à la voiture à base de … voiture.

Entre autres exemples : le covoiturage, l’autopartage, la voiture électrique, etc.

Comme présenté dans l’article sur l’autopartage, le problème de ces solutions est qu’elles ne remettent pas en cause la société de l’automobile : elles maintiennent la voiture comme élément indispensable pour certaines situations ou pour certains choix de vie et conforte donc les choix de vie impliquant l’utilisation d’une voiture, comme le fait d’habiter loin de son travail ou des services.

Le problème est que tout le monde n’a pas la possibilité de conduire : certains n’ont pas les moyens de passer le permis de conduire, d’autre ont une incapacité physique ou mentale à conduire, certains autres ont perdu leur permis, d’autre encore ont simplement une aversion pour la conduite, etc.

Or toutes ces personnes se retrouvent contraintes à utiliser d’autres moyens de transport tels que les transports en commun, le vélo, la marche, les rollers ou autre, selon les capacités, les volontés et le budget de chacun.

Aujourd’hui, il est encore possible de faire le choix de ne pas utiliser de voiture (voir l’article sur les idées reçues sur la nécessité de l’automobile), mais il est rendu de plus en plus compliqué : la preuve, certains vont jusqu’à penser qu’il est impossible de s’en passer à notre époque.

Ceci est grandement dû au fait que l’automobile encourage l’automobile et que la société s’est et se construit autour des déplacements motorisés sans tenir compte des laissés pour compte qui n’ont pas accès à l’automobile ou de ceux qui ne veulent pas l’utiliser par convictions personnelles (parmi lesquelles celle de ne pas favoriser la société de l’automobile pour les raisons citées).

Lorsque l’on prend en compte le fait que ces personnes peuvent être de potentielles victimes de l’insécurité de la circulation automobile, des conséquences de la pollution atmosphérique, des frais engendrés par et pour l’automobile reportés sur les impôts de tous, on peut se demander si devoir se passer de l’automobile est réellement le luxe vanté par les personnes « obligées » de l’utiliser.

Les feux de voiture : par des automobilistes, pour des automobilistes

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« Voir et être vu », c’est le principe de toute personne se déplaçant sur la voie publique, quelque soit son moyen de transport.

Si l’éclairage publique est bien souvent suffisant pour voir la nuit dans les agglomérations, des lumières s’avèrent souvent indispensables sur le véhicule pour être vu.

Malgré l’existence de normes pour les feux de vélo et mon respect de celles-ci lors de mes déplacements nocturnes, j’ai eu récemment une remarque sur le fait qu’on ne me voyait pas bien lorsqu’on arrivait derrière moi.

Après avoir demandé à la personne en question si mon feu fonctionnait, une panne étant toujours possible, celle-ci m’a répondu qu’il était en parfait état de fonctionnement mais qu’on ne me voyait qu’au « dernier moment » et que j’aurais été bien avisé de porter un gilet de sécurité. J’ai vérifié mon feu à l’arrivée et celui-ci est parfaitement fonctionnel et respecte tout ce que la loi prévoit pour un feu de vélo.

Malgré tout, je pense que cette automobiliste disait vrai : elle ne m’a vu qu’au dernier moment (ce qui a été bien suffisant pour m’approcher en douceur le long de la piste cyclable sans aucune mise en danger soit dit en passant).

Les questions sont « pourquoi ? » et est-ce qu’un gilet haute visibilité serait effectivement la réponse à apporter ?

Dans les faits, je ne pense pas qu’un gilet aurait changé quoique ce soit, on ne voit pas ce qu’on ne s’attend pas à voir.

Le problème vient en fait de la pollution lumineuse de tous les phares de voiture : à force de croiser des phares puissants de véhicules se déplaçant à une certaine vitesse, la vue s’accoutume à cette luminosité et à ces vitesses de déplacement et tout ce qui se déplace à une vitesse différente du flux de voitures (que ce soit plus ou moins rapide) et qui émet une luminosité moins puissante devient simplement invisible lorsqu’on ne s’attend pas à le voir.

Ceci engendre des situations absurdes : à vélo, lorsque le jour est pratiquement levé, on voit parfaitement sans feu les autres véhicules stationnés, les piétons et les autres vélos, mais tous les automobilistes laissent leurs feux allumés comme le stipule le code de la route, rendant ainsi complètement invisible les piétons et les feux de faible intensité des vélos qui ne servent pratiquement à rien à l’aube bien avancée.

Or les vélos ne peuvent avoir des phares aussi puissant car ils sont interdits sur la voie publique à cause du risque d’éblouissement qu’ils peuvent occasionner. Pourtant, les phares de voiture qui ne semblent pas importuner les automobilistes entre eux sont de plus en plus puissants et surtout de plus en plus aveuglants pour les cyclistes : je me suis rendu compte que je détournais de plus en plus le regard vers le trottoir lorsqu’une voiture arrivait en face avec ses simples feux de croisement car je suis complètement ébloui, le pire étant les dos-d’âne qui envoient les phares en plein dans les yeux.

La situation devient même dangereuse hors agglomération quand les automobilistes en plein phare, habitués à ne passer en feux de croisement que lorsqu’ils croisent une autre voiture, ne font rien lorsqu’ils croisent un vélo qu’ils ont à peine vu.

Et lorsqu’on sait que les dernières innovations technologiques en matière d’automobile qui ont rendu le passage en feux de croisement automatique à la croisée d’une autre voiture sont totalement inefficaces à la croisée d’un phare de vélo, on finit par se demander si les constructeurs savent qu’il n’y a pas que des voitures sur les routes…

« Ça serait sûrement mieux en voiture »

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La plupart du temps, l’automobiliste imagine que parcourir certaines distances à vélo est compliqué si l’on ne possède pas une condition sportive hors du commun. C’est évidemment très compliqué pour certains d’entre eux, mais le nombre d’automobilistes s’imaginant les efforts demandés est bien au-dessus de ces cas particuliers.

Il s’imagine également que faire un trajet à vélo expose aux intempéries 90 % du temps. Il ne s’imagine pas une seconde que se trouver sous la pluie pendant un trajet aussi régulier que le trajet domicile-travail est assez rare et que les jours de pluie vraiment gênante (vêtements détrempés à l’arrivée en cas d’oubli de protections adaptées) dépassent rarement le nombre de 5 par an … dans le pire des cas. (Constat personnel en région parisienne et en région nantaise pour des trajets de 20 min en moyenne sur plusieurs années).

Tout cela n’est pas un reproche : il semble logique d’appréhender et de s’imaginer un tas d’idées façonnées par un mélange de craintes, de préjugés, d’expériences de jeunesse difficiles, de on-dit et de satisfaction de sa situation propre. Mais l’automobiliste étant avant tout humain, une sorte d’empathie faussée par ses idées biaisées lui fait parfois prendre en pitié les pauvres cyclistes affrontant le froid et le vent pour arriver à destination.

Je ne compte plus les fois où l’on m’a très gentiment proposé de me raccompagner en voiture car ça serait sûrement « beaucoup plus agréable pour moi » et que pour une fois, il fallait que « j’en profite ».

Que répondre alors ? La proposition part d’un bon sentiment, c’est évident, mais elle implique plusieurs choses :

– que je considère mon trajet à vélo comme désagréable
– que j’utilise un vélo par dépit et non par choix
– que ce même trajet serait plus agréable en voiture

Or, ces trois conditions ne peuvent être imaginées que par un esprit qui appréhende le vélo et qui se fait une représentation complètement faussée de la réalité sur ce point.

On comprend donc qu’il lui sera difficile de tenter autre chose que l’automobile pour ses déplacements, son esprit ayant classé tout autre type de déplacement comme à fuir par tous les moyens et l’automobile comme réponse à tous les problèmes.

Il en vient alors à imaginer un monde où tout ce qui toucherait à l’automobile serait idéal et tout ce qui toucherait au vélo serait lié à la fatalité.

« J’ai crevé sur la route » -> « C’est le problème avec le vélo »
« On m’a coupé la route » -> « ah ça, les accidents de vélo »
« Une personne a malencontreusement accroché son cadenas à mon vélo » -> « ça n’arriverait jamais avec une voiture »

Ainsi, en voiture, on n’a pas de panne, on n’a pas d’accident et il n’y a pas d’incivilités liées à des stationnements gênants.

Ces situations sont relativement rares et ne sont que des exemples mais sont systématiquement relevées et appuyées pour prouver le fait que le vélo est un moyen de transport lié à de très nombreux problèmes et qu’il semble parfaitement inadapté aux trajets utilitaires.

Chaque cycliste a au moins vu un automobiliste avoir un léger sourire dès qu’il a évoqué un problème survenu sur un trajet à vélo.

Mais lorsque l’on parle d’embouteillages, de coût des déplacements, des difficultés de stationnement et autres joyeusetés de l’automobile, on constate souvent qu’il s’agit de la situation normale, « qu’il faut bien faire avec », que la « vie n’est pas toute rose » et « qu’ainsi va la vie, que veux-tu ? ».

Toujours plus vite

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À l’heure où il est question de réduire les vitesses maximales autorisées sur certaines voies hors agglomération, on voit fleurir les contestations un peu partout sur la toile et dans les discussions de comptoir : « on en veut à notre argent, la vitesse n’est pas un fléau et ne tue personne ».

Étant strictement opposé à tout excès de vitesse et estimant que la recherche de vitesse à tout prix est l’un des pires fléaux de notre société, j’ai essayé plusieurs fois d’écrire un article sur ce sujet, mais la passion l’ayant emporté, je n’ai jamais réussi à rester dans l’objectif et j’ai préféré mettre en lumière la parole d’autres personnes partageant mon point de vue.

Ces personnes sont intervenues en réponse à cet article du site carfree.fr

Ainsi, à la question « quelles sont réellement les principales causes de la mortalité sur les routes ? », Ludovic Brenta répond :

Le lobby des automobilistes déclare: « les deux principales causes de mortalité sur les routes résident dans l’alcoolémie (alcool excessif) et dans la somnolence ». Il se trompe. Les deux principales causes de mortalité sur les routes sont les voitures et les camions. Et deux des principales causes de mortalité hors des routes sont encore les voitures et les camions, non seulement à cause de la pollution aux particules fines et autres gaz toxiques qu’ils produisent, mais aussi de la sédentarité et donc des maladies cardio-vasculaires qu’ils induisent.

Certains dubitatifs objecteront qu’il ne servirait de toute façon à rien de limiter la vitesse sur les routes pour y diminuer la mortalité puisque la grande majorité des automobilistes ne respectent pas les limitations de vitesse. Jean-Marc y répond :

Ce n’est pas parce que certains ne respectent pas les vitesses qu’il ne faut pas les modifier si c est nécessaire.

Quand les villes étaient à 60, Certains Ne Respectaient Pas, quand elles sont passées à 50, C N R P… MAIS roulaient moins vite que les CNRP du temps du 60, et quand certaines zones sont à 45, 30 ou 20, CNRP, mais roulent moins vite qu’en zone 50.

De plus, le 80 est essentiel, vu que, contrairement à une autoroute, on peut -en toute légalité- croiser un piéton, un cycliste, un tracteur, un cavalier ou une mob… voire des vaches, moutons ou autres animaux.

Les autoroutes sont les routes les plus sûres… car tous le monde roule dans le même sens, car tout le monde roule plus ou moins à la même vitesse, et car il n’y a aucune intersection.

Rouler à 80 quand on a des marcheurs à pieds à côté est déjà largement suffisamment dangereux pour eux…

Pourtant, la plupart des automobilistes n’y croient pas, ils ne risquent pas plus leur vie à 80 qu’à 90 sur les routes de campagne, protégés dans leurs carrosseries. Alors, un certain Cycliste Alcoolique rappelle :

En fait encore une fois, l’automobiliste considère que l’accident qu’il commettra à 90 ne sera pas plus mortel pour LUI qu’à 80. Il semblerait que nous, les terroristes verts et autres doux rêveurs, avons oublié les merveilleuses avancées technologiques des ouatures. En 2013, ce conducteur, même s’il venait à piquer du nez, à contresens en s’enfilant une bouteille de whisky, SA vie sera épargnée grâce à SON airbag ®, la déformation de SON véhicule, SES freins qui ne se bloqueront pas et SON ESP (bon je ne sais pas ce que c’est mais c’est bon pour LUI apparemment). Il peut même commettre l’accident sans que ses enfants s’en rendent réellement compte grâce aux lecteurs DVD individuels placés a l’arrière.. Par contre bon le pauvre piéton, le cycliste, le conducteur d’en face.

Leurs arguments transpirent l’égoïsme.

On peut quand même demander à cette association qu’est-ce que le conducteur gagne à rouler à 90 plutôt qu’à 80? Est-ce que cette association (40 millions d’automobilistes, NDR) conteste le fait que la réduction de vitesse de 70 à 50 en ville puis la création des zones 30 n’a pas amélioré la qualité de vie des riverains ?

Mais malgré ça, certains penseront toujours « pas vu, pas pris » et continueront à bafouer les limitations en étant persuadés que leur comportement ne présente aucun risque. Bruno le Hérisson l’a remarqué :

Le problème des zones 30 c’est que l’on est arrivé à un tel niveau d’incivisme que les panneaux seuls ne sont plus suffisants et que de nombreuses zones 30 sont des aménagements très coûteux avec des chicanes, des îlots centraux, gendarmes couchés et autres joyeusetés.

La conséquence c’est que dès qu’une mairie décide de passer une zone en 30, ils se disent que les panneaux ne suffiront pas et que par mimétisme ils décident aussi de multiplier les aménagements coûteux.

Avec le corollaire du conducteur incivique qui, dans une zone 30 avec uniquement panneaux, au mieux remarque le panneau au pire se dit “c’est une zone 30 sans aménagement je peux donc rouler à 50 km/h”. Quelques années plus tard la mairie décide d’aménager la zone.

Les inconvénients à cette situation sont nombreux :

– un coût considérable pour la collectivité, cet argent ne va pas dans des pistes cyclables.
– des zones avec de l’emmerdement maximal des trottoirs réduits, des parcours alambiqués pour les vélos, les nuisances sonores pour les riverains avec des conducteurs que réaccélèrent entre deux zones 30
– aucun bénéfice pour faire changer les mentalités sur l’incivisme
– contrairement aux amendes qui sont des punissions justes, comme c’est la collectivité qui paye, on demande à tout le monde de participer par l’impôt à cause de certains.

De mon point de vue il faut faire beaucoup de prévention pédagogique sur l’importance du respect des limitations de vitesses et le civisme. Et aussi savoir manier le bâton avec des sanctions moins laxistes.

A ceux qui resteraient dubitatifs sur l’importance de la vitesse dans l’accidentologie sur les routes, je rappellerai malgré tout que plus une voiture va vite sur une route, plus sa vision est réduite donc moins elle me voit, donc plus tard elle me verra, et dans le même temps, plus son temps de réaction sera long pour m’éviter : donc plus elle roule vite,  plus elle a de risque de me percuter. De plus, en cas de risque de collision, plus elle roule vite, plus sa distance de freinage est grande et plus elle risque de me percuter malgré tout. Et si elle me percute, plus elle roule vite, plus la violence du choc sera grande.

Pour les plus sceptiques, une étude du Service d’Études sur les Transports, les Routes et leurs Aménagements précise un peu les choses : http://dtrf.setra.fr/pdf/pj/Dtrf/0004/Dtrf-0004058/DT4058.pdf

Après s’être interrogés sur le rapport vitesse/accidentologie, on rappellera une solution simple pour éviter tout don d’argent involontaire aux forces de l’ordre et au gouvernement : en respectant les limitations de vitesse, personne ne donnera un centime de recette à l’État par rapport à ce point.

Qu’on essaie de prouver par A+B que rouler à pleine vitesse dans une tonne de métal n’est dangereux pour personne, pourquoi pas, mais prenons le problème dans le sens inverse : quel est l’intérêt de rouler à 90 plutôt qu’à 80 ?

Une réduction de la vitesse généralisée, toute considération sur les rapports à l’accidentologie mise à part, permet un ralentissement global de la vitesse des pensées et des activités.

Elle permettra ainsi de se rendre compte qu’on n’est pas à la minute près lorsqu’on commande un livre sur internet et que les temps d’attente chez les libraires ne sont pas une fatalité (clin d’œil à un autre problème de société), que prendre son temps pour mieux choisir ce que l’on consomme peut peut-être être bénéfique pour qui veut bien prendre le temps d’essayer et que prendre le temps de vivre est peut-être salutaire. Mais pour cela, il faut prendre le temps d’y réfléchir.