Acheter responsable : à chacun sa philosophie de vie

quiz_consommation_responsable

Comme indiqué plusieurs fois dans ce blog, l’une des phrases que j’entends le plus souvent quand j’explique que je n’ai pas de voiture est l’éternelle : « Mais comment est-ce que tu fais pour les courses ? »

Bien évidemment, j’ai montré à plusieurs reprises qu’entre les systèmes de transport de charge que l’on peut ajouter sur les vélos classiques, les remorques et les vélos-cargos, on avait largement de quoi ramener à la maison le chariot plein de l’hypermarché le vendredi soir.

Mais ne pas utiliser de voiture, selon moi, ce n’est pas seulement remplacer les trajets que tout le monde effectue en voiture par un moyen plus ou moins pratique pour compenser l’absence de moteur et de gaz d’échappement.

Vivre sans voiture, c’est vivre avec une certaine philosophie de vie et une certaine façon de consommer. En fait, je ne me pose jamais la question du « comment faire les courses à l’hyper sans voiture » car je n’ai pas le réflexe hypermarché.

Je n’aurai jamais la prétention de dire que cette philosophie et ce mode de vie sont meilleurs que d’autres, mais ils sont différents et ne s’appréhendent pas de la même façon.

Avant même la notion de consommation, c’est au niveau de la perception de la réalité que l’on se rend compte que la voiture a coupé certaines notions aux habitués des trajets enfermés : Dans un grand débat philosophique d’une importance capitale sur la pluie et le beau temps avec des collègues de bureau, j’expliquais à l’une d’entre eux qu’on sentait que le temps se rafraîchissait car je devais ressortir une petite veste le matin pour venir au boulot. Ce sur quoi elle m’a répondu « oh, ça je ne m’en rends pas trop compte, quand je sors de chez moi je vais directement dans ma voiture et une fois que j’arrive je vais directement au boulot ».

Je m’étais déjà fait plusieurs fois la réflexion que l’un des rares avantages de la voiture est qu’elle protège des intempéries désagréables comme la pluie ou dangereuses comme les orages, mais me rendre compte à quel point on devenait complètement coupé de toute réalité climatique à ce point m’a laissé pantois quelques instants.

Pour en revenir à la consommation, même s’il m’est arrivé à de rares occasions de faire le plein de courses à l’hyper du coin avec le triporteur que l’on rempli autant sinon plus qu’une citadine, ce n’est clairement pas ma façon de consommer de prédilection.

Acheter des centaines de produits en recherchant toujours le prix le plus bas (les pubs des enseignes de grande distribution le disent toutes : « c’est nous les moins chers ») tout en agrémentant son chariot ça et là de quelques produits de certaines marques dont les pubs nous ont marqué plus que d’autres en nous vantant leur pseudo qualité pour des produits fabriqués dans les mêmes industries que leurs petits copains, bof.

Qu’y a-t-il derrière tous ces produits ? Des matières et des aliments venant de productions artificielles ultra-optimisées peu regardantes sur les conditions de traitement des employés et de l’environnement dans les pays qui les font aux coûts les plus bas détruisant au passage l’image des produits nationaux et favorisant donc l’engourdissement de notre économie, le tout bien emballé à la chaîne sur des tapis et transportés à coup d’avions et de camions vers les magasins distributeurs.

Au final on ne sait plus trop ce qu’on a comme produit, mais il a le mérite d’avoir un bel emballage et d’être joli à regarder. Quant au traitement des employés et de l’environnement qui ont conduit ce produit depuis son lieu de production jusqu’à la sortie du coffre de la voiture, peu importe, tant qu’on a l’impression d’avoir le produit vanté par la pub ou le produit qui nous a fait réalisé le plus d’économies.

Du coup, si on a un jardin, on va faire pousser deux ou trois tomates pour avoir le plaisir de manger de vrais produits en se faisant la réflexion que c’est quand même très différent de ce qu’on retrouve à l’hyper du coin, mais qui ne nous empêchera pas de nous retrouver une nouvelle fois à la caisse le chariot plein le vendredi suivant.

Alors, que faire pour éviter tout ça ? Acheter chez les petits commerçants ? Acheter de l’artisanal ? Acheter bio ? Acheter chez les producteurs ? Acheter français ?

C’est que ce n’est pas si simple : Vaut-il mieux acheter un produit bio importé de l’autre bout du monde et vendu en supermarché avec tout l’emballage qui va avec ou chez un producteur local qui fait pousser ses légumes à coup d’engrais chimiques pas vraiment préférables ? Vaut-il mieux acheter des biscuits industriels fabriqués dans l’usine à 10 km de chez moi pour favoriser les emplois et la tradition du savoir faire de cette usine locale ou vaut-il mieux acheter une alimentation artisanale et saine mais venant de l’autre bout du pays ? Vaut-il mieux acheter un produit de marque nationale made in ailleurs (exemple avec le textile des grandes marques françaises) ou un produit d’une marque étrangère made in chez-nous (exemple avec un certain soda à bulles maronnasse qui possède plusieurs usines sur notre territoire) ? Vaut-il mieux acheter un produit qui nous plaît moins mais responsable et qui durera dans le temps (artisanal, écolo, bio, local, etc., mais relativement moche) ou un produit qu’on apprécie mais qui est anti-éthique au possible (oh le beau jean à la mode délavé qui a refilé la silicose à plein de jeunes turcs exploités) ? Vaut-il mieux acheter des produits industriels venant de toute la planète chez un petit commerçant de quartier ou des produits artisanaux locaux dans un supermarché ? Et vaut-il mieux acheter un produit conçu à l’autre bout du monde en matières recyclées ou un produit local en plastique ?

A chacun sa façon de consommer, à chacun sa façon de penser, à chacun ses priorités et ses idées ; mais, même si nous avons tous différentes approches et affinités avec l’éthique et le responsable, essayons au moins de réfléchir à chaque fois que l’on achète un produit au lieu de foncer tête baissée dans le supermarché avec sa liste de course toute faite pour gagner du temps à tout prix, à l’affût des prix toujours plus bas et des marques dont les publicitaires sont plus malins que d’autres.

Publicités

8 réflexions sur “Acheter responsable : à chacun sa philosophie de vie

  1. Le bio, l’étique et l’écolo… sur mon ancien blog avant que bleublog ne ferme sa plateforme (une copie statique de l’article est disponible ici: http://chr09.netau.net/chr09/le-bio-le-social-et-l-ecolo.html ) je m’étais posé cette même question et choisi aussi de ne pas y répondre directement. Il n’est en effet pas facile de satisfaire simultanément ces différentes exigences.

    Assurément une consommation responsable et consciente de l’empreinte écologique et sociale est la meilleure attitude à adopter. Cela demande peut-être un effort initial, une démarche volontaire à accomplir, mais ce révèle ensuite souvent beaucoup plus simple qu’on ne le pensait.

    Je ne peux qu’abonder 🙂

  2. En revanche je viens de lire un peu votre article (je n’avais pas pu avant car l’url de votre blog est bloquée à mon travail) et je ne suis pas d’accord avec certains points :

    pour le café par exemple, j’achète du café instantané en poudre bio et équitable dans de grands pots en verre : évidemment, difficile d’acheter local pour du café, mais emballage 100 % recyclable en verre avec un capuchon en plastique recyclable également.

    En revanche, quand c’est bio et équitable, ce n’est vendu qu’en pot de 100g, or le café instantané se garde très longtemps donc conditionnement plus petit = nécessairement plus d’emballage. A côté de ça, on a le pot de 500g de café 1er prix (je ne veux même pas savoir comment il a été produit et quel a été le traitement des cultivateurs)

    Ça, c’est quand je veux du café pratique pour boire vite fait, mais le mieux reste d’aller chez le torréfacteur et de lui demander quels sont ses derniers arrivages. Mon torréfacteur traite directement avec les cultivateurs et tout est équitable (ce n’est pas le cas de tous, bien évidemment) et certains de ses cafés sont estampillés bio.

    Pour les légumes, je ne sais pas dans quelle région vous êtes, mais la plupart des circuits courts de ma région (vignoble nantais) vendent des produits bio, mais je suppose que ça doit fortement dépendre des régions.

    Je pense que pour certaines choses, il y a des solutions très simples et idéales, pour d’autres, c’est beaucoup plus compliqué ! (exemple : les vêtements, les appareils électro-ménager, etc.)

    Mais se poser la question au lieu de prendre sa voiture et de foncer à l’hyper car c’est pratique, pas cher et qu’on a pas le temps, c’est déjà un autre monde et une toute autre façon de considérer l’acte d’achat et de consommation et mes remarques ne sont en aucun cas une leçon de morale mais seulement une expérience différente pour certains types d’achat précis 🙂

  3. « C’est que ce n’est pas si simple : Vaut-il mieux acheter un produit bio importé de l’autre bout du monde et vendu en supermarché avec tout l’emballage qui va avec ou [acheter non bio] chez un producteur local qui fait pousser ses légumes à coup d’engrais chimiques pas vraiment préférables ? »

    il existe une solution bio (souvent, ce n est pas une obligation), locale, de saison (un point que tu as oublié : une production locale, mais mis 9 mois au frigo/congel chez le producteur, avant d aller sur les étals et qui a pû pousser sous serres chauffées, c est une aberration), fait par des petits producteurs, et éthique (système d avance de trésorerie pour qu’ils puissent avoir une visibilité financière à moyen terme)) :

    Les AMAP et leur système de paniers (souvent hebdomadaires) :

    Les Association pour le Maintien d’un Agriculture Paysanne.

    Depuis que je fais partie de l’une d entre elle, je n ai plus mis les pieds dans une grande surface (que ce soit pour les vétements, sous-vétements ou produits alimentaires semi-industriels boite de petit pois/petits pois carottes/champignons/beurre/fromage/autres) :
    je vais dans des commerces indépendants de proximité.


    Sinon, tu as aussi oublié la comparaison viande / légume :
    100g de viande, même si elle n est pas nourrit avec du mais amazonien ET du soja américain (ce qui est la majorité de la viande « française » industrielle), reste bien plus polluante que 200g de fruits et légumes


    Sinon, l histoire du bio venant du bout du monde, face à l industriel local, c est une vaste blague :
    le bio est souvent à production bien plus locale que le non bio

    exemple dans l épicerie bio où je fais mes achats alimentaires, (en complément des produits de l AMAP (forcément locaux):
    – mes produits frais viennent majoritairement de france… puis, derrière, on trouve italie et espagne
    – mes produits industriels (Jean Hervé (miam miam « Kokolo »), priméal, bonneterre, celnat, biogam, evernat, lima, velleda) viennent majoritairement de france; puis , derrière, d europe du nord (allemagne, autriche, belgique, hollande, suisse).

    La preuve illustrée : en france, quel est le principal jus de fruit bu en bio et en non bio ?

    – en bio : le jus de pomme, majoritairement français (pommes et mise en bouteille)

    – en non bio : le jus d orange essentiellement brésiliennes (mais californiennes, israéliennes, marocainnes aussi un peu… peu d espagnoles, spécialisées dans les oranges entières, pas dans les jus)

    Dernier point :
    ce n est pas en achetant de l indus local, que vous incitererez les producteurs locaux à passer au bio :
    Nos achats ont des conséquences sur le moyen et long terme, sur l’évolution des choses.

    • Je ne pense pas en avoir oublié, j’ai simplement cité des exemples qui me sont passés par la tête au moment où j’ai écrit cet article, car il s’agit d’un article et non d’un bouquin 😉

      Je ne pouvais donc pas être exhaustif.

      Quant à l’exemple du bio venant de l’autre bout de la planète, il ne faut pas le prendre dans le sens « tout ce qui est bio ne vient pas de chez nous », ce n’est pas ce que je prétends : là encore, c’était juste un exemple pris pour être mis en opposition avec l’autre alternative proposée.

      Il est évidemment possible d’acheter des produits bio locaux (je t’invite à lire ma réponse au commentaire précédent), en ce qui me concerne, je vais au verger bio le plus proche pour ça, mais je prenais par exemple l’exemple du café ou du thé bio qui de toute façon ne sont pas produits chez nous.

      Quant à l’indus local, je ne suis pas d’accord avec toi, certaines entreprises comme Hammeau (sirops de fruit) ne prennent que du fruit local et bio et importent du sucre équitable.

      Ensuite, il ne faut pas prendre que la nourriture en compte, pour un vélo par exemple, je privilégie une industrie locale.

      Quant à la dernière phrase, c’est un peu le but même de cet article 😉

  4. « Et vaut-il mieux acheter un produit conçu à l’autre bout du monde en matières recyclées ou un produit local en plastique ? »
    Je me suis demandé si au travers de cette phrase, vous pensiez à la même chose que moi… en l’occurrence un lombricomposteur ! Non ?
    A part ça, je suis entièrement d’accord avec vous ! C’est une question de tous jours chez moi ou tout du moins avant chaque acte d’achat (au point qu’effectivement, mettre les pieds dans un supermarché m’est difficile car je passe 1h pour choisir et acheter un article ! Et en général, j’en suis rarement satisfait…)

    • J’avais pensé à certains stylos recyclés mais fabriqués relativement loin 😉
      A part ça je me suis encore posé ce genre de question ce week-end en mangeant chez mes beaux-parents à la campagne : nous avons mangé des produits qui venaient de leur jardin directement, qui avaient une vraie tête d’aliments naturels et qui avaient un goût très agréable.
      Cependant, rien n’est bio et c’est traité à l’engrais chimique, mais on est très loin d’une production de monoculture industrielle.
      Alors vaut-il mieux ça ou des produits bio en magasin ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s